La méthanisation : une bonne idée, ... mais pas pour les algues vertes !

3 Janvier 2009 , Rédigé par verts bigoudens

Texte proposé par Sauvegarde du Trégor

amendé par J.L. Penot de Rance-Environnement

 

 

 

                                           

 

 

 

Monsieur le Préfet de la Région Bretagne

3 rue Martenot

35 000 Rennes

 

 

 

 

 

Monsieur le Préfet de Région,

 

l’axe majeur du plan gouvernemental de lutte contre les marées vertes consiste à les méthaniser en même temps que le lisier qui les produit en grande partie. Pour toutes les raisons développées ci-dessous, je, soussigné(e), dénonce le mauvais usage de ce procédé, dont je ne conteste pas l’intérêt par ailleurs.

 

La méthanisation consiste à accélérer la dégradation de la matière organique de la biomasse dans des “digesteurs”, sortes de cocotte-minute hermétiquement closes et maintenues à température constante. Le résultat est la production de méthane, grâce à l’action de bactéries. D’ou l’idée de récupérer ce gaz pour en faire une source d’énergie. C’est une piste sérieuse pour le traitement des déchets dit putrescibles. Pour autant, elle ne réduit ni l’azote, ni le phosphore.

 

La méthanisation des « marées vertes » peut à priori paraître séduisante. Et elle l’est d’autant plus si, de surcroît, on développe “des filières pérennes de traitement de l’ensemble des lisiers excédentaires”, comme le met en oeuvre le plan de lutte gouvernemental contre les algues vertes. Elle permettrait de trouver une nouvelle source d’énergie propre qui ne fasse pas appel aux hydrocarbures, tout en éliminant en même temps la cause et la conséquence de cette pollution.

Mais, est-ce si simple ? Vous écartez toute évaluation des conséquences de cette orientation donnée ainsi à la lutte contre les marées vertes tout comme à celle de l’agriculture bretonne. Or, les problèmes ne manquent pas.

 

D’abord, le problème technique.

Si on s’en tient à l’expérience réalisée à Plélo, parce que le lisier est composé à 96% d’eau, sa méthanisation implique d’y ajouter du carbone, sous forme de maïs ensilés, de paille et de graisses de stations d’épuration. Et comme elle ne supprime ni l’azote ni le phosphore, le bilan se conclut par un excédent d’azote par rapport à l’azote initial du lisier. Donc, à ce jour, cette technique mise en oeuvre apporte un remède pire que le mal, un excès toujours plus grand d’azote, qui, épandu sous une forme solide, finira de toute façon dans les rivières pour alimenter toujours plus de marées vertes. Que penser alors d’une tentative de méthanisation de masses algales, composées de plus de 90 % d’eau, et de surcroît de sel et de sable ? Le rapport des inspecteurs généraux, dont se serait inspiré le plan gouvernemental, y répond. Il mentionne que “les obstacles techniques à surmonter ne semblent pas négligeables”.

 

L’azote n’est pas éliminé, il est solidifié.

Mais, si ces problèmes techniques étaient surmontés, si cette technique s’avérait performante, serait-elle souhaitable ? Non, parce que la performance la meilleure ne parviendrait qu’à produire autant d’azote et de phosphore qu’avant méthanisation. Le gain serait leur forme, désormais solide, plus facilement gérable, donc exportable. Mais exportable où ? Pour quels marchés ? Aucune étude ne répond à ces questions. Quant au gain par production de gaz, donc d’énergie, il n’entre absolument pas dans la problématique posée par la résorption des marées vertes. Si on veut vraiment produire ainsi de l’énergie, que l’on traite par ce procédé les déchets ménagers putrescibles, plutôt que de les incinérer.

 

Les contribuables paient l’émergence d’un lobby de la méthanisation.

Economiquement cette opération est-elle viable ? La réponse a déjà été donnée dans le rapport des professeurs d’économie MM Mahé et Le Goff. Ses auteurs ont clairement démontré que tout traitement des lisiers et autres déjections apportaient un surcoût que ne compensait jamais l’augmentation de la production du cheptel. Mais comme il sera assuré en grande partie par la collectivité, à hauteur de 60 à 80 %, les éleveurs seront tentés de l’interpréter comme un signal fort à produire toujours plus, au-delà de leurs capacités d’épandage. Ajoutons à cela les amendements Le Fur, qui facilitent la concentration des élevages et l’installation industrielle de méthaniseurs, et la boucle est bouclée : la lutte contre les marées vertes aboutiraient à subventionner l’augmentation du cheptel.

Enfin, légalement, ces mesures remettent en cause le principe de base « pollueur payeur ». Les auteurs de la pollution ne sont pas sollicités directement pour la mise en œuvre en investissements et en fonctionnement de cette « méthanisation ». Les coûts de la dépollution devront intégralement être supportés par les contribuables directement ou indirectement.

 

Pour toutes ces raisons, nous considérons que vouloir traiter dans la même filière à la fois le lisier et les algues vertes est un choix osé, très imprudent sur le plan technique et économique. Ce choix préconise, une fois encore, des mesures en marge de la légalité. Il s’annonce déjà de toute façon désastreux pour les finances publiques qui en auront à supporter l’essentiel du coût.

Par contre, parler de « méthanisation » et communiquer sur les projets en cours, permet, de faire croire que le problème « algues vertes « est bien pris en compte par la puissance publique. Ainsi pourront continuer pendant encore plusieurs années, les errements actuels de versements de déchets de nitrates dans les cours d’eau bretons. En témoignent les extensions d’élevage accordées à tout va. Ce sera autant d’années de perdues pour adopter les mesures radicales d’éradication des marées vertes.

 

La méthanisation des marées vertes et du lisier ne doit pas faire illusion. Elle n’est en aucun cas un remède contre cette pollution majeure de notre littoral. Elle conduit au contraire à lui donner un statut ambigu en la valorisant.

Elle n’est pas non plus une réponse à l’effet de serre, sauf à traiter par ce procédé les déchets putrescibles, ce que le gouvernement n’envisage jamais. Enfin, elle ne réduira pas le taux de nitrates et de phosphore au robinet.

 

C’est pourquoi, je vous demande, Monsieur le Préfet, de renoncer à ce projet, d’engager la profession agricole à des changements radicaux de pratiques culturales, quand ils n’ont pas déjà été accomplis, en les conditionnant à des aides techniques et financières.

 

 

Texte proposé par Sauvegarde du Trégor

amendé par J.L. Penot de Rance-Environnement

 

 

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