Algues vertes - Le Point

LE POINT 02/12/09

ENVIRONNEMENT

La Bretagne, l'usine agricole la plus polluante d'Europe ?

Par Frédéric Lewino

Aucune usine, serait-elle la plus importante de France, ne pourrait plus se permettre de polluer une rivière sans vergogne. La loi impose à l'industrie des normes de dépollution très sévères. Il ne pourrait en être autrement !

C'est là où on se trompe : la plus grande usine agricole de France - et sans doute d'Europe - pollue un océan au vu et au su de tous ! Nous parlons bien de la Bretagne qui élève 60 % des cochons français, 45 % des volailles, 25 % des vaches laitières et 30 % des gros bovins. Sans compter artichauts, pommes de terre et autres céréales ! Cette usine en plein air rejette un tel océan de nitrates que la voilà cernée par une muraille d'algues vertes. Par crainte de fâcher le fier Breton, l'État français n'a jamais osé lui imposer le traitement de cheval nécessaire. Seuls de timides programmes d'action "directives nitrates" se succèdent depuis 13 ans sans que la muraille verte en semble ébranlée. Il est pratiquement certain que le quatrième plan d'action arrêté en juillet 2009 n'aura pas plus d'effet que de vouloir vider la mer avec une cuillère à soupe.

L'État paie aujourd'hui son incurie. En effet, la cour administrative d'appel de Nantes a confirmé mardi, par un arrêt, sa responsabilité dans le développement des marées vertes bretonnes depuis trente ans. Cet arrêt sans surprise intervient après de multiples condamnations de la France par la justice européenne pour violation manifeste des directives européennes sur la protection de l'environnement.

Désormais, les associations environnementales, soutenues par de plus en plus de Bretons, mettent Paris au pied de la muraille verte : il est temps de nettoyer les écuries d'Augias en renonçant au modèle agricole breton, effroyablement ruineux pour l'environnement et pour les agriculteurs eux-mêmes. La "rupture présidentielle" prônée par Nicolas Sarkozy doit trouver là un merveilleux champ d'opération. Le flot de touristes qui débarquera l'été prochain sur les plages bretonnes ne se contentera plus de discours lénifiants. Il faut sauver la Bretagne malgré elle. Thierry Dereux, président de Côtesd'Armor Nature Environnement conseille : "Il faut aider les agriculteurs à réorienter en profondeur leurs activités, dans une perspective de désindustrialisation des productions animales." Tout est bon dans le cochon, sauf les nitrates de son lisier...

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